Pourquoi j’ai décidé d’enseigner : le harcèlement scolaire

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Pourquoi le harcèlement scolaire m’a mené à l’enseignement ?

harcèlement scolaire

Le harcèlement scolaire c’est quoi ?

 

A l’heure où je rédige cet article, nous sommes le 8 novembre 2018 et c’est la journée de lutte contre le harcèlement scolaire. Une journée spéciale pour sensibiliser le grand public, les parents et les enfants à ce fléau qui existe depuis bien longtemps.

 

Le harcèlement scolaire se manifeste sous différentes formes, il peut être physique ou verbal. Parfois il est même silencieux, juste psychologique.

Difficile de savoir où commence et où s’arrête la limite de « la blague de ses camarades de classe », pas simple de savoir si l’on fait aussi rire la personne de qui on se moque. Pas toujours évident de se considérer comme une victime du harcèlement scolaire car il n’y a pas toujours de bleus pour justifier les choses. La douleur ne laisse pas de traces apparentes. Pas facile d’oser en parler aux autres et pourtant c’est ce qui m’a aidé et c’est le message que je veux faire passer !

 

Voici la définition de l’association Marion la main tendue :

 

« Le harcèlement est une violence répétée, continue, sur une longue période, par une personne ou un groupe de personnes à l’égard d’une autre. Les attaques peuvent être verbales, physiques ou psychologiques. »

 

Aujourd’hui en solidarité avec tous ces enfants, ces adolescent(e)s victimes du harcèlement scolaire, j’ai choisi d’ôter ma casquette de prof pour vous parler de ma vie d’élève.  Dans mon histoire, vous verrez que certains de mes camarades de classe n’ont pas été les seuls à l’origine de mes souffrances, le comportement de certains de mes profs y était pour beaucoup aussi.

 

Comment mon parcours d’élève m’a mené sur le chemin de celui de professeur : 

 

Depuis aussi longtemps que je me souvienne, on s’est toujours moqué de moi à l’école. J’ai toujours été une élève sensible (ce qui fait de moi aujourd’hui une professeur bienveillante), j’ai toujours eu des problèmes de santé alors j’étais souvent absente.

 

Voici quelques « anecdotes » qui vous donneront une idée de mon parcours :

 

  • En maternelle, une camarade m’a forcé à « goûter » une limace.

 

  • En primaire, une de mes enseignantes a marqué dans mon dernier bulletin avant le passage en 6ème « Manque de maturité, doit grandir ». Quand mes parents ont demandé une explication à cette remarque, elle leur a dit que j’étais trop fragile, trop couvée par eux car trop souvent absente. J’étais une enfant polyallergique et asthmatique. Au collège, cette remarque m’a poursuivie. Pendant des années on m’a traité de « bébé », de « fragile », de « pleurnicheuse », de « victime ».

 

  • Ma 6ème et ma 5ème étaient très difficiles : j’avais peu d’amis mais ceux que j’avais étaient en or, les autres me donnaient des surnoms débiles.
  • On se moquait de moi parce que je n’avais pas les dernières « Van’s » à la mode, que je n’avais que des chaussures avec des fausses flammes et pas des vrais « Buffalo ». (Pour la nouvelle génération, c’était tendance à l’époque ).
  • On jetait mon sac en haut des arbres pour que je ne puisse plus l’attraper. Un jour on m’a porté et on m’a posé sur une poubelle dans la cours de récré en me disant que c’est là qu’était ma place.

 

  • Certains profs n’étaient pas mieux : j’ai été collée parce que j’éternuais trop en classe. J’ai dû dire devant toute la classe que c’était parce que j’étais allergique au pollen et que je n’y pouvais rien. C’était une humiliation de plus de devoir avouer mes faiblesses devant tous ces gens.
  • Certaines années scolaires, j’avais plus de la moitié de la classe qui ne me parlait pas parce qu’elle suivait 2-3 personnes qui ne m’aimaient pas.

 

  • Au lycée, j’ai eu des remarques hallucinantes et déplacées de la part de certains profs : « tu n’es bonne qu’à faire miss météo », « tu ne feras jamais rien de bien dans ta vie », « tu devrais quitter ton copain, tu vas gâcher sa vie ».
  • J’avais parfois l’impression que même certains profs aimaient me faire souffrir. Quand j’arrivais enfin à dépasser la moyenne, il me retirait 4 points parce que j’avais écrit le titre en violet.

 

Toute cette période n’a pas été que des mauvais souvenirs heureusement que j’avais quelques ami(e)s qui me rendaient la vie plus jolie. Je ne peux pas vous dire si chaque fait pris à part constitue un harcèlement scolaire mais je peux vous garantir que pris tous ensemble sur l’intégralité de ma scolarité :

 

  • Le soir je rentrais souvent en larmes à la maison.
  • Le matin je ne voulais plus retourner en classe : au point parfois de faire des crises d’angoisse et d’être absente.
  • Je ne suis jamais allée à aucune sortie scolaire (classe verte, classe de neige…) par peur d’être seule et vulnérable pendant 5 jours.
  • Je devenais parano, difficile de trouver de l’humour dans certaines situations.
  • Cela a eu de grosses conséquences sur le peu de confiance en moi que j’ai eu avant d’obtenir ma revanche : mon CAPES.

 

Le harcèlement scolaire m’a donné envie d’enseigner.

 

En vous racontant tout ça, j’ai volontairement omis LE déclic. Celui qui m’a permis de tenir toutes ces années malgré cette souffrance quotidienne et qui m’a aidé à me reconstruire :

 

  • Au collège, il y avait trois personnes dans ma classe qui étaient vraiment odieuses, en physique j’étais entourée par elles. Pendant 1h30 chaque semaine, elles m’insultaient. Parfois elles me mettaient des coups de pied sous la table quand je ne montrais pas ma copie.
  • Puis un jour ce que je pensais être « juste des moqueries d’ados » est devenu plus grave. Pendant un cours de physique, elles ont commencé à me dire « mais pourquoi tu es toujours là ? Suicide toi, personne ne veut de toi. Suicide toi, ça fera du bien à ta famille. » 

 

Ce jour-là, j’y ai cru. Je suis rentrée démolie à la maison. Depuis ce jour-là je suis une grande angoissée et il me faut des portes de sortie dans toutes les situations.

J’étais persuadée de ne servir à rien, d’être une erreur de la nature, que je n’avais jamais de chance, que je n’avais pas ma place sur cette Terre et qu’elles avaient raison. J’étais inconsolable.

 

Ce soir-là, ma maman m’a dit un truc qui va vous faire sourire mais qui a changé ma vie :

 

« Tu te trompes, tu as de la chance, tu as gagné une chose dans ta vie. Si tu es là, c’est que tu étais le spermatozoïde le plus fort et que tu as gagné la course du hasard de la vie. Ce jour où tu as gagné cette course, tu étais la plus forte. Tu ne l’as pas gagnée pour rien, tu as gagné ta place dans la vie, tu vas te servir de la force que tu as en toi pour leur prouver qu’ils ont tort et tu le feras toute ta vie. »

 

Je vous avais dit que vous alliez l’adorer ma maman ! 

 

Ce soir-là, j’ai décidé que toute ma vie je ferai ce qui est en mon possible pour aider les autres élèves qui sont dans cette situation. J’ai décidé que plus tard je serai prof (de SVT parce que j’adorais ça, merci maman !) et que mon rôle sera de :

 

  • Détecter les élèves qui sont en mal être dans mes classes pour les orienter pour qu’ils obtiennent de l’écoute et de l’aide.
  • Etre LA prof qui verra en chacun de mes élèves, l’or qu’il a en lui, pour que plus jamais un de mes élèves croit un de ses profs frustrés qui lui dit qu’il ne fera jamais rien de bien dans sa vie.

Depuis ce soir-là, j’ai tout fait, tout donné pour arriver à mon but et me servir de cette force pour prouver qu’ils avaient tous tort.

 

Ma victoire 

 

En juin 2015, trois minutes avant de débuter mon oral du CAPES, j’ai repensé à tout ça :

 

  • tout ce qu’on m’avait dit,
  • tous ces gens qui m’avaient dit que je suis nulle
  • et que je n’arriverai à rien dans ma vie parce que les sinus, les cosinus et les réactions de saponification ce n’était pas ma tasse de thé.

 

J’ai pensé très fort à eux, à mon but, à la prof que je voulais devenir.

 

J’ai respiré un grand coup et je me suis lancée. Je suis passée en leçon sur le déplacement des plaques lithosphériques en 1ère S à Paris face à deux jurys, j’ai fait mon possible pour leur montrer la prof que je voulais devenir.

 

En sortant de ma salle, j’étais satisfaite. Pas de ma leçon, mais de moi. Que ça passe ou ça casse, je n’y pensais pas, j’étais fière d’être allée défendre mon projet de vie. J’étais allée jusqu’au bout.

 

Quelques jours plus tard, j’ai appris que j’ai eu la note de 20/20 à cet oral. Je ne m’en suis pas remise et ne m’en remettrai probablement jamais mais j’en suis fière.

 

Aujourd’hui j’enseigne autrement mais exactement comme je le voulais.

 

A l’heure où je vous écris, vous aurez compris que ma vie a basculé après ce jour-là. J’avais gagné, j ‘avais prouvé à tous ces gens (sans qu’ils ne le sachent) qu’ils avaient tort. 

 

Par la suite, les aléas de la vie ont fait que ma santé m’empêche de prendre mes classes à l’Education Nationale mais si vous me lisez sur le site Happy SVT, vous aurez compris que j’enseigne exactement où je dois être : 

 

  • Face à un élève à la fois pour l’accompagner et le coacher dans ses difficultés.
  • Face à un élève à la fois pour lui (re)donner confiance en lui, en ses capacités.
  • Face à un élève pour l’aider à progresser dans ses difficultés tout en insistant sur ses points forts.

 

Je ne suis personne pour résoudre cette problématique importante qu’est le harcèlement scolaire à grande échelle mais je suis heureuse de faire de mon mieux à ma petite échelle. 

 

Alors avec la maladresse de mes mots, j’avais envie d’envoyer un message à tous ceux qui subissent le harcèlement à l’école (quelque soit sa forme), un message d’espoir. Vous avez tous gagnés votre place dans la vie, personne n’a le droit de la remettre en cause, personne. Vous n’êtes pas seul(e)s  et vous pouvez être aidé(e)s !

Vous avez tous de l’or et de la force dans vos mains, il ne vous reste qu’à décider à quelle cause vous déciderez de les donner dans votre avenir.

 

6 Responses

  1. Djak

    Magnifique témoignage de ta part.
    Le harcèlement, ça me rend dingue. Beaucoup de monde le subit mais on n’en parle pas assez.

    Prendre la parole ou déclencher une discussion sur ce sujet peut CHANGER DES VIES.
    Comme l’a prouvé ta maman qui est superbe!

    • Mathilde

      Tu as raison il est vraiment temps que l’on commence à en parler plus fort ! Merci beaucoup pour elle, j’ai eu beaucoup de chance d’être accompagnée par elle dans ces années difficiles.

  2. La Joyeuse Théoricienne

    Très bel article ! Il faut en effet être fort.e pour réussir à transformer du négatif en positif et se relever comme tu l’as fait ce fameux soir, en ne lâchant rien de ton objectif final!
    Chaque petite goutte (échelle) compte… quand on les met ensemble, ça fait une rivière… et même plus !
    Bravo !
    Inès (LM)

    • Mathilde

      Merci beaucoup Inès, tu as tout à fait raison, petite goutte par petite goutte on arrivera tous ensemble à éliminer ce fléau ! 🙂

  3. Soa

    Et c’est encore mieux ! Comme j’aimerais te rencontrer car mon fils n’a pas subi de harcèlement scolaire, par contre à la suite d’un accouchement compliqué a du être réanimé. L’IMC (c’est parait-il le mal dont il souffre) a produit énormément de difficultés, au début de communication, de langage, de concentration, de mémoire Il a énormément évolué durant ces années mais a son rythme à lui et ne suit pas celui des autres élèves. Comme il a maintenant 11 ans et qu’il est conscient de ses limites et de ses difficultés, il a développé un certain complexe et surtout un grand manque de confiance en lui-même. Il est suivi depuis des années, mais c’est parfois encore très difficile. Il a besoin d’énormément d’encouragement et d’accompagnement pour regagner sa confiance et son estime de soi !

    • Mathilde

      Coucou 🙂

      Désolée pour le délai de réponse, j’étais très chargée au niveau du travail et ça fait un moment que je n’ai plus mis les pieds sur le site. Je suis vraiment désolée de ce qui lui arrive. Je comprends tout à fait son ressenti, ce n’est pas facile mais si tu veux lui faire passer un message de ma part : les personnes qui connaissent leurs propres limites et qui connaissent la difficulté souffrent toujours plus au début de la course mais ils vont toujours plus loin au final parce que connaître ses limites c’est faire preuve d’une grande maturité et c’est un atout qui fera un jour défaut à ceux qui ne les connaissent pas. J’ai toujours connu ce sentiment par rapport à ma santé et aujourd’hui, je ne sais pas si je suis allée plus loin ou pas, mais je sais que je suis là où je voulais être depuis toujours et que ce sont mes limites et ma capacité à savoir endurer et surmonter les difficultés qui m’ont emmenées là où je suis. Si un jour plus tard, il a besoin d’accompagnement en SVT, je me ferais un grand plaisir de l’aider et de lui montrer qu’il peut se faire confiance.
      Je vous envoie à tous les deux plein de courage et je vous souhaite le meilleur !

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